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Scandales du passeport en RDC - Semlex entre manipulations politiques et concurrence déloyale

La firme SEMLEX, groupe belge indépendant et expert en biométrie, se retrouve au cœur d'accusations -jusqu'à présent non vérifiées - de corruption et blanchiment d'argent concernant le passeport congolais. La société alors inconnue du grand public, se retrouve aujourd'hui au milieu d'un "bashing médiatique" alimenté par diverses rumeurs lancée par l'agence de presse Reuters et reprises dans la presse belge et internationale. 

Ces rumeurs de corruption ont-elles un rapport avec les récentes tensions politiques entre la République Démocratique du Congo et la Belgique?  

Une contre enquête afin d’y voir plus clair dans les affaires actuelles sur les passeports congolais et comoriens, leur obtention et le rôle du fournisseur, Semlex Europe.

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Dernières nouvelles: Le magazine "FORBES" vient de publier un article revenant sur l'affaire des passeports congolais, une analyse pointue pour tenter de comprendre l'ampleur de l’ « affaire Semlex », rappelant que le groupe belge n’a pour le moment fait l’objet d’aucunes condamnations de la part de la justice.

 

UNE CONCURRENCE FÉROCE

Les firmes spécialisées dans la biométrie aujourd'hui, non connues du grand public, se connaissent bien entre elles. Les plus prestigieuses participent à des salons liés à la sécurité identitaire tels que celui d'Interpol et de l'OACI. Les conférences organisées par l'OACI (Organisation de l'Aviation civile Internationale) rassemblent ainsi chaque année les experts internationaux pour la production de documents d'identité sécurisés et plus largement pour la sécurité aéroportuaire, tels que les français Gemalto et l'Imprimerie Nationale, Entrust Datacard, Surys, X Infotech, le belge Semlex ou encore Morpho (devenu IDEMIA). 

Ces différents experts sont ainsi régulièrement en concurrence lors d'appels d'offres pour la production de documents d'identité ou autres services connexes (systèmes de recensement de la population en réseaux, portiques de sécurité aux aéroport, etc.). 

À partir de 2014, différents professionnels de la confection de documents d'identité ont ainsi été mis en concurrence pour décrocher le contrat pour la production du passeport de la République Démocratique du Congo. 

Ce contrat a bien entendu été fort convoité et les sociétés se sont bousculées pour offrir leurs services à la RDC. Fin 2015, c'est la société SEMLEX qui a remporté le contrat.  La société l'a d'ailleurs annoncé peu après dans un communiqué officiel expliquant les particularités du nouveau passeport, un passeport électronique ET biométrique, point mis en avant par la société car il rend les documents pratiquement infalsifiables. On y comprend que Semlex se démarque par son expérience (plus de 20 ans dans le domaine de la biométrie), son rôle de précurseur en Afrique où la société belge a introduit la biométrie, et ses contrats très "client friendly" avec l'atout non négligeable de pré financer les projets. Mais nous y reviendrons plus loin.  

L'inauguration du nouveau système biométrique et le passeport congolais s'est déroulée le 10 novembre 2015 en présence du président Kabila. Mais on apprend cependant par le magazine Congo Panorama que les délais avaient été très serrés. En effet, Albert Karaziwan expliquait lors d'une interview accordée au magazine que les négociations avaient duré plus d’une année, allant "jusqu’à risquer de retarder la mise en œuvre du système par rapport aux délais", délais imposés par l’OACI (L'OACI est l'Organisation de l'Aviation Civile Internationale, Ndlr).  

 

MENACES ET CHANTAGES D’UN TIERS

 

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Cependant la "success story" Semlex a récemment été entachée par divers "scandales" et rumeurs l'accusant de remporter les marchés de manière pas tout à fait légale.

Le patron de Semlex nous a informé que cette tempête médiatique aurait commencé suite aux menaces d’un tiers ayant tenté de faire chanter sa société déjà en 2016. Dans un article de presse de CONGO PANORAMA (http://www.congovirtuel.org/images/MAGCP23/MAG-CONGO-PANORAMA_23.pdf) publié en mars 2017, il présageait des répercutions judiciaires . CONGO PANORAMA avait demandé au chef d’entreprise de confirmer la rumeur disant que SEMLEX aurait doublé un intermédiaire dans le contrat en RDC, et que celui-ci menacerait de trainer la société en justice. La réponse d’Albert Karaziwan avait été la suivant : « Je suis au courant de ce cas et je vous dis tout de suite qu’on est en face d’une tentative d’extorsion de fonds par chantage. Il s’agit d’une personne qui avait apporté son assistance dans le pilotage du projet et qui s’était fait passer pour un consultant de l’Etat, alors que l’Etat (L’Etat congolais, Ndlr), pensait qu’il était notre agent… ». Cet agent aurait par la suite exigé des honoraires « faramineux » à la société émettrice des passeports, qui n’était d’ailleurs liée à lui par aucun accord dans le contrat signé entre elle et la République Démocratique du Congo. Monsieur Karaziwan continue : « Ce monsieur a tenté une action en justice en Belgique via son avocat, mais l’affaire était restée sans suite puisqu’il s’agissait d’un pur chantage. ».

Mais d'autres avaient aussi tout intérêt à alimenter ces rumeurs.

 

ZETES ET SES AMIS INFLUENTS

La firme Zetes, société belge tout comme Semlex, aurait elle aussi proposé ses services à RD Congo durant l'année 2015. Bien que Semlex ai remporté le marché, beaucoup supposent que ZETES continuerait de lorgner le marché perdu. Explications. 

Zetes est à l'origine une société spécialisée dans le marquage industriel (codes-barres et QR-codes), et s'est lancée plus récemment dans la fabrication de documents d'identité. Elle est ainsi en contrat avec la Belgique, Israël, la Côte d'Ivoire et la Gambie.

Selon le magazine congolais Congo Panorama, le belge Zetes , espérerait encore remporter d'autres marchés encore libres au Congo (comme notamment la carte d'identité nationale, marché encore plus important que celui des passeports en terme de production). Certaines sources avancent que Zetes tenterait pour cela de faire jouer ses relations pour décrédibiliser Semlex alors que celui-ci travaille depuis déjà 2 ans pour la RD Congo. En effet Zetes aurait des relations en Afrique et surtout avec des politiques belges, comme l'affirme le Soft International: "Une navigation sur le net révèle qu'elle est très proche de l'homme d'Etat belge qui avait réussi, en 2004-2005, à en faire le fournisseur attitré du matériel d'identification et d'enrôlement des électeurs par la CEI, et en 2011 de la CENI; Il épiait notre centrale électorale (...)".

Outre la concurrence, qui finalement est normale dans ce type contrat fort convoité, divers chantages et intimidations ont débutés contre Semlex dès 2016, comme le mentionnait son pdg, Albert Karaziwan. Il expliquait au journaliste de Congo Panorama qu'il était au courant des rumeurs circulant à propos de Semlex, ayant pour but de déstabiliser l'entreprise. Il se montrait cependant serein, content du bon fonctionnement du projet, de la formation des agents et de la création d'emploi au sein du Congo. Il mentionnait également une personne qui s'était fait passé pour un agent de Semlex auprès des autorités congolaises et vise-versa pour ainsi touché des doubles honoraires. Il avait ensuite menacé Semlex de salir sa réputation dans la presse.  

Les problèmes ne se sont pas arrêtés là pour le belge Semlex. La fameuse agence de presse britannique REUTERS a, en avril puis en décembre 2017, publié une enquête à charge, accusant Semlex de n'avoir pas été mis en concurrence pour le contrat en RDC, de produire un passeport trop cher, "parmi les plus chers du monde". L'enquête comme nous allons le voir est malheureusement incomplète et ne cite aucune source fiable. 

Mais revenons à REUTERS. Qui avait donc intérêt à répandre des rumeurs via l'agence de presse, qui n'a pourtant pas pour habitude de traiter de ce type de sujet? 

Selon le journal Congo Panorama , "l'affaire Semlex" suivie de près par Reuters, ne pourrait pas être étrangère à une concurrence "déloyale", et précise que le contexte se prête particulièrement à un lynchage public. En effet, la RDC prévoit un recensement général de la population: les experts en sécurité seront donc mis une nouvelle fois en concurrence pour proposer de nouveaux équipements appropriés au recensement. 

Il est donc aisé de comprendre que si le bashing médiatique contre Semlex (et son pdg Albert Karaziwan) continue, il sera particulièrement profitable à ses concurrents lors du prochain appel d'offre en RDC. Toujours selon Congo Panorama, Reuters aurait donc quelques amis soucieux de faire des affaires en RDC, et ceux-ci constitueraient ses sources d'informations principales. Tout porte à croire que la firme Zetes aurait des relations privilégiées avec le journaliste David Lewis, qui vante les mérites de la société autant qu'il diminue ceux de son concurrent Semlex. 

 

LES PASSEPORTS CONGOLAIS, UN MARCHE CONVOITE

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Déjà en mars 2017, des rumeurs de « copinage » entre l’Etat congolais, « voire même avec la famille présidentielle » et Semlex avaient vu le jour, comme mentionné dans CONGO PANORAMA. Le magazine avait alors interrogé Albert Karaziwan à ce sujet, qui avait répondu qu’il s’agissait de médisance, en rappelant que l’expert belge Semlex avait fait face à une concurrence « digne et loyale » lors de l’obtention du contrat avec la RDC. Il ajoute que les négociations ont duré un certain temps (Ndlr : plus d’une année), et ont finalement abouti à un marché de concession. Il précise que le contrat signé par la suite entre Semlex et l’Etat congolais a été validé par l’autorité nationale de régulaion (l’ARMP). Une quittance de la taxe de régulation a ainsi été délivrée à SEMLEX.

En effet, nous avons pu constater lors de cette enquête que des sociétés reconnues dans le milieu au même titre que Semlex, telles que GEMALTO, ZETES et OBERTHUR avaient elles aussi fait une offre à la République Démocratique du Congo. Les journaux belges Le soir et La Libre rapportent que « (…) Selon Reuters, le concurrent belge de Semlex, la société Zetes (qui produit les cartes d’identité belges, Ndlr), avait fait en 2014 une offre à 28,50 dollars pièce. » . A première et sans pourtant être un expert en la matière, de nombreuses personnes proches du dossier ont considéré ces chiffres avec précaution. D’après une source ayant travaillé sur ces appels d’offre, « cette offre de Zetes a été retirée du contexte. » « Zetes a en effet fait une offre à un prix intéressant, ayant varié au cours des négociations ; mais ce prix incluait que Zetes obtienne plus que la production des passeports. Zetes proposait ce prix bas à condition de se voir attribuer le marché pour d’autres documents d’identités congolais, tels que la carte d’identité nationale. »

Le groupe Zetes a pour habitude de rester flou dans les prix qu'il propose. En effet sur le marché des élections, le groupe français Gemalto avait été choisi il y a quelques années par le Congo, avec un contrat à 48 millions de dollars; l'hebdomadaire Jeune Afrique affirmait qu'en comparaison, Zetes aurait signé un contrat s'élevant à 200 millions de dollars avec le même pays. Cependant Zetes a répondu au journal que ce montant de 200 millions serait "irréaliste", sans pour autant communiquer le montant réel proposé à l'époque. 

 

SEMLEX REPOND AUX ACCUSATIONS

Revenons aux accusations contre Semlex, lancées courant 2017.

Dans un premier temps et malgré la pression médiatique, Semlex avait décidé de continuer son travail normalement et de ne pas répondre aux rumeurs à son sujet. Mais en décembre 2017, après des accusations plus pesantes de la part de Reuters, Semlex a répondu dans un communiqué officiel, expliquant le type de contrat passé avec la RDC et par ailleurs le processus d'obtention du passeport comorien

Cette tempête médiatique, commencée en avril 2017, a pour particularité de n’avoir donné la parole qu’à des obscurs « proches » du dossier, ayant toujours une opinion bien tranchée contre le producteur de documents d’identité SEMLEX. Qu’elle est donc la version du principale intéressé, à savoir SEMLEX ?

D’après REUTERS, Albert Karaziwan aurait été approché à plusieurs reprises par ses journalistes sans obtenir de réponse. Nous avons donc décidé de tenter à notre tour une approche du PDG de Semlex. Contre toute attente, celui-ci nous a répondu dans les 24h et a donc pu apporter des éléments à notre enquête de ce jour, notamment vis-à-vis de son silence envers REUTERS : « Il ne s’agit pas d’un refus total de collaborer avec la presse. Nous serions ravis d’apporter notre point de vue sur cette affaire qui nous touche directement. Nous avons communiqué des informations à Reuters sur nos types de contrats au Congo ainsi qu’aux Comores, et répondu dans un communiqué (ndlr : Communiqué du 28 décembre 2017). Mais vous êtes bien placés pour savoir que les journalistes écrivent ce qu’ils veulent dès lors qu’ils ont décidé de vous décrédibiliser. Ils ont donc décidé de tronquer le communiqué, en supprimant les passages les contredisant. »  Les passages auxquels Monsieur Karaziwan fait référence touchent les Comores et plus particulièrement le CONGO, qui expliquent le prix des passeports, prix remis en question par la presse encore aujourd’hui. Le communiqué de l’entreprise belge (http://www.semlex.com/actualites/)  rappelait en décembre 2017 que « à la différence de ses concurrents, SEMLEX EUROPE travaille principalement par contrats BOT (Ndlr : en anglais, Built, Operate, Transfer proposé par Semlex pour s’adapter aux situations financières des pays, un modèle adopté par la suite par d’autres producteurs de passeports tels que ZETES, son concurrent belge. Cela signifie qu’aucun prix d’achat, ni investissement, n’est demandé au pays partenaire, tous les coûts et infrastructures locales nécessaires étant en effet financés par SEMLEX EUROPE en contrepartie d’une redevance sous forme d’un pourcentage fixe du prix public des documents d’identité durant une période limitée. De plus, à l’issue de celle-ci, toutes les infrastructures locales sont données gratuitement au pays concerné en ce compris les formations prodiguées aux personnel local pour continuer à les utiliser correctement. ». Malheureusement, a ajouté Albert Karaziwan, ces informations n’ont jusqu’à présent pas été diffusées dans la presse.

Pour compléter notre enquête, nous avons voulu vérifier si la transparence sur le type de contrat proposé par SEMLEX était totale. Il s’avère qu’en se rendant sur leur site internet, 2 types de contrats sont en effet proposé par la société, l’un dit « en vente simple » et l’autre en « B.O.T. » (http://www.semlex.com/solutions/#tab-3) .

D’après les documents que nous avons pu consulter, Semlex a donc passé des contrats de type « BOT » avec les îles Comores ainsi qu’avec le Congo. Dans ces contrats, Semlex avance une somme considérable pour le lancement des projets, et en contrepartie, se rémunère par la suite sur une partie des documents distribués par l’Etat. De plus en fin de contrat, les Etats bénéficient d’infrastructures locales et de formation du personnel gratuites.

Ces explications sur les types de contrats proposés par SEMLEX, facilement accessibles sur internet, ne sont pourtant jamais mises en lumière par REUTERS ou d’autres journaux reprenant les informations de celui-ci. Par ailleurs, l’agence de presse britannique aurait selon nos sources ses intérêts sur le continent africain, ayant été rachetée récemment par des mercenaires sud-africains.

Mais l'enquête contre Semlex ne s'arrête pas là, en prend une nouvelle tournure en janvier 2018.

 

SUITE DE L AFFAIRE EN 2018

Le 17 janvier 2018, le siège social bruxellois de SEMLEX EUROPE, société indépendante réputée pour le développement de systèmes d’identifications, pionnier en la matière sur le continent africain, a fait l’objet d’une perquisition dans la matinée. Selon nos sources, les officiers de police auraient pénétré dans le bâtiment aux alentours de 9h du matin.

Fait étrange, plusieurs témoins se trouvant à ce moment sur l’avenue Brugmann, ont pu apercevoir le matin du 17 janvier deux journalistes ne portant aucun signe d’appartenance à un journal particulier, mais bien identifiables par leurs équipements professionnels. Fait particulièrement troublant, ces journalistes sont arrivés devant les bureaux de Semlex en même temps que l’équipe de police.

Cette perquisition a fait suite aux nombreuses rumeurs de corruption et blanchiment d’argent touchant la société depuis avril 2017. Ces rumeurs ont été lancées dans un premier temps par David LEWIS, journaliste chez Reuters, pour être ensuite relayées en Belgique par Philippe ENGELS, journaliste pour Médor.

 

UNE ENQUËTE CONTROVERSEE

Contrairement à ce que Monsieur Engels a laissé entendre lors de son passage télévisé sur la chaîne belge RTBF fin décembre 2017, pendant son enquête aux Comores (à supposer qu’elle ait réellement eu lieu), ce « journaliste de terrain » n’a contacté aucun responsable local de la société SEMLEX aux Comores, qu’il accuse pourtant de tous les maux. En effet, un responsable local SEMLEX nous a confirmé lorsque nous lui avons demandé si un journaliste de REUTEURS, MEDOR ou tout autre journal aurait approché SEMLEX lors de son enquête : « (…) ni moi ni personne de nos employés aux Comores n’a été contacté par des journalistes ». Pourtant Mr ENGELS dit s’être rendu personnellement aux Comores… Il y a donc de quoi douter de la crédibilité de son enquête de terrain, qui semble bien superficielle.

Monsieur LEWIS a quant a lui laissé de nombreuses zones d’ombres dans sa première enquête en avril 2017, pour ensuite divulguer un certains nombre de fausses informations (ou « fake news ») dans d’autres articles calomnieux parus en décembre puis en janvier dernier, comme nous allons le voir plus loin.

 

LE PASSEPORT CONGOLAIS : UN PRIX INJUSTIFIÉ ?

À la question de savoir si le prix du passeport congolais serait ou non justifié, on peut donc répondre que, oui, ce prix a en tout cas été décidé officiellement et légalement avec les autorités congolaises, et que la société SEMLEX a proposé en s’adaptant à la demande de l’Etat tout en veillant à entrer dans ses frais. Le porte-parole de Semlex a également ajouté que dans de nombreux pays, des passeport d'un niveau de sécurité moindre, étaient proposés à un prix supérieur à celui du passeport congolais. 

Mais est-il « l'un des plus chers du monde », comme l’ont laissé entendre certains journaux ?

Selon l'hebdomadaire Jeune Afrique, le passeport congolais, bien qu'il coûte 164 euros pièces, n'est pourtant pas le plus cher d'Afrique! Les passeports les plus chers en Afrique seraient, toujours selon Jeune Afrique, celui du Tchad (le plus cher d'Afrique à 228 euros pièce), suivi par le passeport du Congo, du Burundi et du Cameroun (114 euros). 

Il faut bien prendre en considération que les passeports africains (comme en Europe) n'ont pas toujours le même niveau de sécurité, et ne sont pas produits par les mêmes firmes. La carte proposée sur le site de Jeune Afrique est particulièrement instructive en ce sens qu'elle précise le prix des passeports à la pièce et s'ils sont ou non biométriques. 

La biométrie n'est bien sûr pas le seul élément délimitant le prix du passeport. Les coûts liés à un système de comparaison biométrique sont bien évidemment élevés, mais d'autres éléments entrent en ligne de compte, comme par exemple le type de contrat passé avec l'Etat, le type de passeport souhaité (des passeports diplomatiques, de services ou ordinaires n'auront pas le même coût, et le prix augmente également si un passeport est demandé en urgence). 

Néanmoins, cette analyse de Jeune Afrique nous apprend que non seulement le passeport congolais n'est pas le plus cher d'Afrique, mais qu'il est moins cher que le passeport tchadien (164 contre 228 euros pièce), qui ne propose pourtant pas la sécurité biométrique. 

Pourquoi, alors que le passeport tchadien est bien plus cher, les autorités et médias belges se préoccupent-ils du prix du passeport congolais? Y aurait-il encore aujourd'hui une certaine ingérence de la Belgique envers la République Démocratique du Congo? 

C'est ce qu'a clairement laissé entendre le magazine local "Congo Panorama", qui parle d'un "intérêt qui confine aux pressions de tous genre pour amener Kinshasa à lâcher du lest", et de cette manière, "à satisfaire certaines attentes occidentales directes ou indirectes". Il ajoute que les autorités congolaises se sont mainte fois plaintes de ces ingérences extérieures aux affaires internes à la RDC, et les ont d'ailleurs régulièrement dénoncées. 

Par ailleurs la République Démocratique du Congo a récemment annoncé certaines "mesures " concernant l'agence de développement belge ENABEL, qui devait opérer "directement et significativement en faveur de la population congolaise". Le communiqué des Affaires étrangères belges regrette la décision de Kinshasa et affirme sa volonté de jouer un rôle dans les prochaines élections congolaises, et se dit en faveur d'élections "crédibles" au Congo. 

 

PRATIQUES ILLEGALES DE LA PRESSE BELGE

Une chose est sûre à force qu’on avance dans cette affaire, la presse y joue un rôle central. En effet les médias belges et étrangers se sont vites emparés de l’affaire à coup de titres chocs.

Le Soir, journal belge titrait : «RD CONGO: L’ARGENT DES PASSEPORTS SIPHONNÉ PAR UNE ENTREPRISE BELGE », le Monde annonçait « LA PISTE DU SCANDALE DES PASSEPORTS BIOMÉTRIQUES MÈNE AU CLAN KABILA », tandis que Africa News menaçait : « AFFAIRE PASSEPORTS : LES TÊTES VONT TOMBER ».

Quelqu’un avait-il donc prévenu la presse qu’il y aurait une perquisition ce matin-là ? Ce ne serait en tout cas pas la première fois qu’il y aurait une fuite de ce genre. Cela pourrait être considéré comme un détail, sauf que dans ce cas nous sommes dans un contexte où la société attaquée, SEMLEX, est toujours présumée innocente jusqu’à preuve du contraire, et que l’enquête est censée être confidentielle. Certains considèrent donc aujourd’hui cet évènement comme une grave bavure de la presse, qui si elle a été informée de cette perquisition, a agi illégalement en étant présente et en diffusant des images confidentielles. Ces photos ont été partagées dès le lendemain sur les pages Twitter des magazines « 7sur7 » et « Médor », petits journaux colportant principalement des ragots ou articles sportifs (Médor a pour spécialité les décryptages sportifs mais s’aventure parfois à parler politique, mais n’est pas une référence en la matière). 

Ces abus et fausses informations (« fake news » en anglais) de la part de la presse étant de plus en plus fréquents et donc banalisés, même des agences de renommée internationale comme REUTERS n’y échappent pas.  Dans ce contexte, rappelons que le président français, Emmanuel MACRON, a exprimé la volonté d’établir une loi contre ces « FAKE NEWS ».

 

QUI MANIPULE LA PRESSE ?

C’est une question qu’on est en droit de se poser. Comme on l’a vu plus haut, Albert KARAZIWAN évoquait lors d’une interview pour le magazine congolais « CONGO PANORAMA » en mars 2017 les menaces d’un agent congolais qui n’auraient alors pas abouti en justice.   

Il semble que ce maître chanteur, non content d’avoir vu sa plainte classée sans suite en Justice, aurait contacté des journalistes avec cette affaire qui allait assurément faire du bruit. Congo, « magouilles », société belge et « corruption », tous les ingrédients étaient en effet réunis pour déclencher une hystérie médiatique.

De plus, comme nous l’avons évoqué plus haut, il semble y avoir un lien non négligeable entre les rumeurs médiatiques lancées en avril puis en décembre 2017 et la perquisition au siège social de Semlex le 17 janvier 2018. La justice semble accorder plus de crédit qu’il ne faudrait à l’agence de presse Reuters qui, bien que reconnue dans le domaine de l’information, n’est pas apte à juger d’affaires judiciaires en cours et encore moins d’influencer la Justice.

David Lewis et Philippe Engels auraient-ils été poussés à décrédibiliser Semlex sur le marché africain ?

Affaire à suivre…

 

 

 

Commentaires

  • Les sociétés perdantes accusent toujours celui qui remporte l'appel d'offre de corruption... et ironiquement finissent par payer des journalistes pour descendre la société qui dérange !

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